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Survivre à une rupture amoureuse

Concilitation Enfants
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Vivre une rupture amoureuse entraîne une grande souffrance. Souffrance de tout le corps, du cœur, souffrance morale. Contrairement à la mort d’un conjoint, le caractère non définitif de la séparation engendre parfois une douleur plus intense. Après une rupture, certains liens peuvent demeurer entre les conjoints, surtout s’ils faisaient vie commune. Il y a les enfants, le partage des biens matériels, les adieux à la belle-famille, aux amis communs. S’en suit une période de perturbation, de remise en question ou de crise plus ou moins longue, pouvant ébranler profondément tout l’être. Plusieurs facteurs influencent le déroulement d’une séparation. Le conjoint non-instigateur de la rupture subit la situation et n’a pas eu le temps de se préparer contrairement à l’instigateur. Cependant, cela ne veut pas dire que ce dernier n’en souffre pas. Il porte le blâme, se sent souvent envahi par la culpabilité. La profondeur des liens, le nombre d’années de la relation, la qualité de la vie de couple, la situation avant la rupture, l’estime de soi, les capacités de chacun, la santé physique au moment de la séparation sont autant d’éléments agissant sur l’impact de la rupture. À la perte d’une personne aimée, voire idéalisée, s’ajoutent de nombreuses pertes secondaires dont il faudra également faire le deuil. L’adaptation à la perte amoureuse est un processus qui va du choc à la réconciliation avec la vie. Entre le début et la fin, toute une gamme d’émotions et de sentiments surviennent. Contrairement à ce que l’on peut penser, il y a choc autant chez l’initiateur de la séparation que chez la personne qui la subit. Il arrive aussi que la personne se sente libérée d’une relation contraignante tout en éprouvant de la peine. Voici une brève énumération des sentiments que ressentent les deux personnes qui se séparent et quelques pistes qui favorisent la résolution de la crise.

 

La recherche effrénée du bonheur

Le but ultime dans la vie est, sinon d'être heureux, de souffrir le moins possible. D'où la tendance à vouloir escamoter le choc, à nier la réalité et à se couper de ses émotions. Il est important de se laisser vivre le choc émotionnel de la rupture. La personne instigatrice qui a eu le temps de se préparer mentalement se croit souvent déchargée du deuil et pourra s'engager très rapidement dans une nouvelle relation. En ne prenant pas le temps de faire le point, il y a danger de développer des attentes irréalistes face à un nouveau conjoint. Cette recherche du bonheur se manifeste souvent par des excès de toutes sortes, évitant ainsi de regarder en face la situation. Sur le moment, il y a soulagement mais tôt ou tard, la réalité frappe de plein fouet.

Le couple est peut-être mort, vous non. Se remémorer ce qu'on était avant cette relation, avant la séparation, ce qu'on aimait, ce qui nous rendait heureux indépendamment de l'autre permet de se recoller, de contrer le sentiment d'avoir perdu quelque chose de soi-même, de retrouver une autonomie. Il est possible d'être heureux sans ce conjoint puisqu'on a une existence propre.

 

Angoisse et désespoir

Le conjoint qui est laissé mobilise ses énergies pour se réorganiser. Petit à petit, il réalise qu'un rêve est brisé, qu'il doit tout recommencer. Il se sent rejeté, abandonné, ce qui entraîne un doute de soi. Un fort sentiment d'impuissance devant la situation, une crainte de ne pas pouvoir s'en sortir sont souvent à l'origine de crises d'angoisse. On veut à tout prix trouver des solutions. À ce stade, la personne essaie une réconciliation avec son conjoint. Une profonde tristesse envahit les anciens partenaires. Certains perdent le goût à la vie. Il est important de pleurer la perte de son amoureux si on en éprouve le besoin ainsi que toutes les pertes secondaires. La solitude est souvent très lourde à porter. Il faut à tout prix éviter l'isolement. Même si rencontrer d'autres personnes ou participer à des activités ne présentent aucun intérêt, il est important de faire l'effort. Le but n'est pas de se montrer dans sa meilleure forme ou de déborder de joie mais de ne pas se replier sur soi-même.

 

La culpabilité

La culpabilité est presque omniprésente dans toute rupture. On se blâme de la peine qu'on inflige à l'autre, aux enfants, de l'échec de la relation. On peut se sentir coupable de tout: d'être déprimé, faible, triste, impatient, colérique. La personne peut remettre sans cesse en question tous ses comportements, se dire qu'elle aurait dû agir différemment. Il est très nuisible de ruminer sans cesse de la culpabilité car cela entraîne une grande fatigue et prédispose à la dépression. Il ne faut pas confondre une saine remise en question de son comportement avec une auto-dévalorisation quasi obsessive. La culpabilité s'infiltre en soi de façon insidieuse. On s'en veut de faire souffrir l'autre ou au contraire de ne pas avoir prévu le coup.

On peut également se sentir coupable de faire subir à nos amis et à notre famille nos états d'âme. Il est important de s'entourer de personnes significatives. C'est à elles seules de décider si votre compagnie les embête ou non. Trop souvent, on présuppose des sentiments des autres et notre perception est le plus souvent erronée. Acceptez le soutien des autres sans culpabilité.

 

La colère

Une autre émotion fréquente après une rupture est la colère. Parfois, on sent le besoin de se venger de celui ou celle qui a mis fin à la relation. Ce besoin prend souvent la forme d'insultes, de sarcasmes ou de dénigrement auprès des amis, de la famille et même des enfants. Il ne faut jamais accepter que les enfants servent de souffre-douleur, d'intermédiaires entre les ex-conjoints ou d'informateurs sur la vie privée du conjoint. L'intensité de la colère varie d'une personne à l'autre et il est sain de ressentir de la colère contre la personne qui nous fait souffrir, surtout dans les situations où on se rend compte que notre conjoint n'a pas été tout à fait honnête. Il est préférable de vivre la colère que de la refouler, sans toutefois détruire l'autre ou lui rendre la vie impossible.

 

Accepter l'inévitable et trouver un sens à sa vie

Les personnes qui se séparent doivent devenir actives dans le processus de séparation, particulièrement celles qui sont non initiatrices de la rupture. Décider ce que l'on veut faire de sa vie, réévaluer ses valeurs et les buts qu'on s'était fixés. Est-ce que la relation qui se termine m'a rapprochée de ce qui est bon pour moi, de mes choix de vie, m'a-t-elle permis de m'épanouir ? Si oui, qu'est-ce qui a été bon dans cette relation ? Sinon, qu'est-ce qui a été destructeur et que je dois éviter à tout prix dans une autre relation ou dans la vie en général ? Qu'ai-je appris de nouveau sur moi qui pourrais m'aider à progresser ? Comment s'est détériorée notre relation ? Quelle est ma part de responsabilité dans la rupture ? La réponse à ces questions pourra permettre de ne pas refaire les mêmes erreurs, d'améliorer nos faiblesses et de garder nos forces. Malgré la douleur, on peut décider de profiter de ce que cette expérience nous apprend sur nous-même. La révolte chronique ne mène nul part.

Il est donc important de bien comprendre les causes de l'échec pour ne pas commettre les mêmes erreurs à nouveau. Il est important de faire le point, de découvrir ses valeurs profondes, de savoir ce que l'on veut dans l'avenir. Cette phase dans le processus de guérison permet de transformer la perte en gain, en maturité.

Rétablir l'équilibre prend du temps. Il n'y a pas de temps précis pour retrouver les plaisirs de la vie, élaborer de nouveaux projets, de nouveaux rêves, pour reconnaître ses erreurs, ne plus se voir comme une victime, pour passer à autre chose. Il n'y a pas de solutions magiques. Le plus important est de vous rappeler que vous existiez avant cette relation, que vous avez une vie bien à vous et que cette rupture, malgré sa déchirure, vous propulsera peut-être vers un mieux-être insoupçonné.

 

Hortense Flamand

Psychologue

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